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par Shannah

Je suis tombée sur l’article d’Isabelle Sorente, paru dans le magazine Blast et disponible ici : http://fredericjoignot.blogspirit.com/archive/2007/03/24/inde-bombay-ville-du-futur-immediat.html.

Il est question du documentaire The Shocking Truth, réalisé par la Suédoise Alexa Wolf, et présenté en 2001 au Parlement suédois, lors d’un débat sur la liberté d’expression et la pornographie.

Si l’on connaît l’attachement au féminisme de la Suède – Julian Assange, poursuivi pour viol en Suède, a déclaré : « La Suède, c’est l’Arabie Saoudite du féminisme » – et aussi sa propension à l’extrémisme…; l’on ne sera pas étonné de l’existence de ce documentaire.

Il s’agit d’une plongée dans l‘industrie – comprendre ce terme dans son acceptation première : activités qui produisent des richesses grâce à la transformation des matières premières et à l’exploitation des sources d’énergie – du porno.

Si ce sujet m’intéresse de plus en plus, c’est que je lis et entends beaucoup de choses sur le monde pornographique – et celui de la prostitution; et ce par leurs actrices principales. Actrices qui se targuent d’un vernis féministe et progressiste. Une libération mentale par l’exploitation du corps, un paradoxe qui m’intéresse.

Judy Minx, par exemple : à 23 ans, celle qui milite pour le droit des LGBT et des femmes et aussi une actrice porno, mais aussi une étudiante en Anglais. (Son blog : http://imsoexcited.canalblog.com/). En citant Judy Minx, je ne peux m’empêcher de penser à Wendy Delorme : lesbienne, professeur en Sciences de la communication à la Sorbonne, écrivain et actrice porno. Et, bien sûr, militante féministe.

Voilà un point sur lequel je ne peux m’empêcher de m’interroger : pourquoi des jeunes femmes intelligentes, qui ont une cause à défendre, se jettent-elles dans le camp ennemi, si je puis dire ? Car leurs films, bien qu’ayant une intention féministe, restent du porno. Sur son blog, Judy Minx écrit :«Je choisis de me définir comme actrice porno, de dire que je SUIS actrice porno et pas simplement que je FAIS du porno : je choisis de m’identifier à ce job. Ce choix de faire de ce job mon identité, c’est un choix politique. Parce que justement je ne suis pas ce que les gens ont à l’esprit lorsqu’ils parlent d’une actrice porno. Parce que faire du porno n’est pas considéré comme un choix valide pour « une jolie jeune fille comme moi ». Une jolie jeune fille comme moi qui pourrait très bien faire autre chose puisqu’elle fait des études, a une vie plutôt privilégiée, à l’abri du besoin, ne peut pas avoir vraiment choisi de faire ça. Et si vraiment j’ai choisi, ça ne peut pas être un choix éclairé, je dois être idiote, naïve, inconsciente des conséquences, et, un jour ou l’autre, je le regretterai. Et c’est clair, la société dans laquelle on vit fait tout pour punir les femmes qui dévient du droit chemin, pour le leur faire regretter. Mais je me suis toujours sentie beaucoup plus proche des personnages de putes que des personnages de femmes respectables.» Judy Minx et Wendy Delorme tournent dans peu de films, préférant les petites productions.

Un engagement total, donc. Revenons au documentaire de Alexa Wolf : une dénonciation des dérives de l’industrie porno, plus particulièrement des films ultra violents, dans lesquels les actrices tournent à la chaîne… Je dis : des dérives de ‘l’industrie porno; mais le porno n’est-il pas en lui-même une dérive ?

Des actrices souffrant dans la plupart des cas de traumatismes liés à des agressions sexuelles durant leur enfance ou adolescence, et qui en récoltent d’autres : outre la violence psychique (des dizaines de partenaires différents en quelques heures), s’ajoute la violence physique.

Car si le spectateur de films pornographique est là pour les corps, se rend-il compte qu’il s’agit, sur son écran, de corps similaires au sien ? Peut-on ignorer les dommages liés à des rapports sexuels bestiaux et à la chaîne, sans aucune considération pour l’actrice ?

Des actrices qui finissent par se détacher de leur corps, lié au pseudonyme qu’elles utilisent. Des actrices qui se vantent, le regard éteint, entre deux prises, d’être de vraies salopes; d’autres qui, obéissant à l’obsession du gros plan, subissent des interventions chirurgicales afin d’ôter leurs grandes lèvres, pour que le vagin soit plus visible  l’écran. Mais quelle peut être la position d’une femme face au porno, face à ces femmes exploitées et téléchargées à l’épuisement, et qui sont consentantes ? Il y a la posture du « c’est une pute », ce qui est en partie vrai, l’actrice étant rémunérée pour avoir des rapports sexuels. Ces rapports sont filmés et diffusés, et puis ce sont des films. Des supports masturbatoires. Honnêtement, quelle différence y a-t-il entre une production pornographique et une bonne partie des films français, qui comportent toujours au moins une scène de nudité (féminine) et d’amour; mise à part la pénétration ? Le corps féminin reste toujours un argument de vente, une marchandise livrée à la loi du marché. Dans le circuit du cinéma classique, la pression se fait sur celles qui refusent de se dénuder, dans la pornographie, sur celles qui refusent des rapports trop violents.

De l’autre côté, dénonçant ces dérives, l’on a le porno intello féministe, dont Judy Minx et Wendy Delorme sont des figures de proue; mais qui tend aussi à s’imposer face à un public inhabituel les femmes. Pour exemple, la série de courts-métrages X-Femmes, diffusée sur la chaîne Canal+ en 2008 et 2009. Des courts-métrages réalisés par des personnalités connues du grand public (Anna Mouglalis et Mélanie Laurent pour exemples), psychologisant, fortement esthétisés et érotisés. Les femmes ont-elles besoin d’un porno spécialement créé pour elles, dans lequel la femme a le pouvoir ?

Le porno a-t-il un rôle cathartique ? Ce serait mentir que de nier que ce support, ainsi que la prostitution, est un mal pour un bien, permettant l’apaisement chez beaucoup de frustrés… Mais je ne peux m’empêcher de faire un parallèle inconscient avec les snuff movies, qui mettent en scène des personnes bien réelles qui meurent de façon tout aussi réelle. Le porno exhibe crûment l’intimité humaine, et certaines personnes déviantes – mais pas que : les jeunes, influencés par ces films qu’ils visionnent en manière de support éducatif sont de plus en plus violents sexuellement- peuvent être entraînés et motivés par ce qu’ils voient à l’écran. Une femme, ça aime ça, ça dit forcément oui.

Comment voir l’action de ces femmes qui utilisent le porno comme une arme féministe, et un appel à la tolérance sexuelle, en se faisant payer de leur chair. Comme dans le cas des Femen, je ne peux supporter l’idée d’utiliser sa sexualité, outragée, exhibée, matérialisée, pour défendre la cause du féminisme. Est-ce une action dans la lignée des grèves de la faim, des immolations; par lesquels des activistes font de leur corps un support de leur liberté d’expression ?…

The Shocking Truth, Alexa Wolf, 2001

I came across this article by Isabelle Sorente, published in magazine Blast et available here : http://fredericjoignot.blogspirit.com/archive/2007/03/24/inde-bombay-ville-du-futur-immediat.html.

It deals with documentary The Shocking Truth, directed by Swedish Alexa Wolf, and introduced in 2001 in the Swedish parliament,   during a debate of freedom of expression and pornography.

If one knows the commitment to feminism of Sweden – Julian Assange, charged with rape in Sweden, said : « Sweden is the Saudi Arabia of feminism« –  and its propensity to extremism…; one won’t be suprised by the existence of this documentary.

It is a dive into the industry – understand the term in its first acceptance:  activities that generate wealth through the transformation of raw materials and the use of energy sources – of porn.

If this topic interests me more is that I read and hear a lot about the pornographic world – and that of prostitution, and of their main actresses. Actresses who boast a varnish feminist and progressive. A mental release by the operation of body,a paradox that interests me.

Judy Minx, for instance : At age 23, which advocates for the rights of LGBT people and women is also a porn actress, but also a student in English (her blog : http://imsoexcited.canalblog.com/). Citing Judy Minx, I cannot stop thinking about Wendy Delorme : lesbian, professor of Communication sciences at the Sorbonne, writer and porn actress. And, of course, feminist activist.

Here is a point on which I can not help but wonder: why do  intelligent young women who have a cause to defend, throw themselves into the enemy camp, so to speak? Because their films, although having a feminist intent, are porn. On her blog, Judy Minx wrote: « I choose to define myself as a porn actress, to say that I AM a porn actress and not only that I MAKE porn: I choose to identify with this job. This choice to make this job my identity is a political choice. Precisely because I am not what people have in mind when they speak of a porn actress. Because doing porn is not considered a valid choice for a « nice girl like me. » A pretty girl like me could very well do something else since she studies, has a rather privileged life, free of need, can not have really chosen to do this. And if I really have chosen, it can not be an informed choice, I must be stupid, naive, unaware of the consequences, and one day or another, I regret. And it is clear, the society in which we live makes every effort to punish women who deviate from the right path for them regret. But I always felt much closer to the characters of bitches than to respectable female characters.  » Judy Minx and Wendy Delorme turn in few films, preferring small productions.

A total commitment so. Returning to the documentary Alexa Wolf: a denunciation of the drifts of the porn industry, particularly ultra violent films, in which actresseswork in chain … I say the drifts of the porn industry; but isn’t porn in itself a drift ?

Actresses who suffer in the most cases of trauma related to sexual abuse in childhood or adolescence, and who reap other: in addition to psychological violence (tens of different partners in a few hours), there is physical violence.

As if the viewer of pornographic films is here for bodies, does he realize that these bodies on the screen, are similar to his ? Can we ignore the damage related to cattle and in chain sex, without any consideration for the actress?

Actresses who eventually detach from their bodies, which is related to the pseudonym they use. Actresses who boast,  the look off, between takes, to be real sluts; others, obeying the obsession of the big plan, undergo surgery to remove their labia for the vagina to be more visible on the screen. But what may be the position of a woman facing porn,  facing these abused and uploaded to exhaustion women, facing these women who are willing? There’s the  posture of « She is a bitch », which is partly true, the actress being paid to have sex. These reports are filmed and broadcast, and then there are movies. Media masturbation. Honestly, what difference is there between a pornographic production and much of French films, which always include at least one scene of nudity (female) and love, aside penetration? The female body is always a selling point, a good delivered to the law of the market. In the circuit of classic cinema, the pressure is on those who refuse to undress,in the pornography on those who refuse too violent sex.

On the other hand, denouncing these abuses, there is the brainy feminist porn, including Judy Minx and Wendy Delorme, who are figureheads, but that also tends to impose to an unusual public : Women. For example, the serie of short films X-Women, aired on Canal + in 2008 and 2009. Short films made ​​by people known to the general public (Anna Mouglalis and Mélanie Laurent for examples), psychologizing, highly aestheticized and eroticized. Do women need a porn need specially created for them, in which the woman has the power?

Does porn has a cathartic role ? It would be a lie to deny that this  support, as well as prostitution, is a blessing in disguise, allowing healing to many frustrated … But I can not help but draw an unconscious parallel with snuff movies, which are stage of real people who die in an equally real way. Porn crudely exhibits human intimacy, and some deviant people – but not only: young people, influenced by the films they watch by way of educational materia,l are more violent in their sexuality – can be driven and motivated by what they see on screen. A woman likes it, necessarily says yes.

How to see the work of these women who use porn as a feminist weapon, and as a call for sexual tolerance, in getting paid for their flesh ?  As in the case of Femen, I can not bear the idea of ​​using one’s sexuality, outraged, exhibited, materialized, in the cause of feminism. Is this action in line with the hunger strikes, the immolations, in which activists make their bodies the support their freedom of expression? …

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