Jean-Luc Verna

par Shannah

J’ai découvert Jean-Luc Verna lors de l’exposition Les Maîtres du désordre au Quai Branly (dont je reparlerai). Il avait réalisé à cette occasion plusieurs oeuvres, sombres, mystiques, avec en plus quelques paillettes. Jean-Luc Verna s’est fait lui-même oeuvre. Il utilise son corps comme un tableau vivant, jamais achevé. La peau ornée de tatouages et de piercings, il semble vivre dans son art.

Jean-Luc Verna est né à Nice en 1966, dans une famille d’extrême-droite. A 14 ans, il part de chez lui. Il se prostitue, vit dans la rue. La misère rend son existence insupportable. Il en a marre, et s’inscrit dans une école d’art. Verna a toujours aimé dessiner, c’est un de ses rares talents pense-t-il. Par l’école d’art, il découvre le musée. Mais il n’aime pas son dessin, dit-il. « Par rapport aux grands maîtres et aux choses qui (me) plaisent, c’est vraiment nul ». Alors il s’approprie son dessin, à l’instar de son propre corps. « Il faut le corriger, il faut le trafiquer, il faut le booster, le maquiller, le transformer, le présenter d’une certaine façon. »

Jean-Luc Verna est toujours punk. De son groupe I Apologize, de ses peintures, photos, collaborations, de son corps, de lui-même il exhale le refus. Le refus et son dépassement; cette course vers soi-même qui ne finit jamais.

Aujourd’hui, Verna est professeur de dessin, et un artiste reconnu. Qui n’aime que peu de gens, et désire ardemment qu’on l’aime. Son oeuvre est un cri envers ce qui n’est plus le monde qui n’est plus et les talents qui disparaissent; un cri teinté de rock dans ce qu’il a de plus mystique (c’est la musique du diable n’est-ce pas ?), un appel envers l’Enfer et Dieu, l’appel angoissé d’une trop rare.

L’oeuvre de cet ancien prostitué est comme une baise violente, longue, toujours recommencée, épuisante, suante, le début d’une sensation extrême et absolue. Verna, dans ses peintures, représente des corps émaciés et des figures comme souffrantes, comme au bout de leur peine. La première chose qui me soit venue à l’esprit en découvrant son travail est : « c’est mystique ». C’est le passage vers autre chose, vers un ailleurs déjà présent mais qui ne s’offre que très rarement. C’est une peinture d l’homme, de la souffrance et du plaisir, de Dieu et du Diable, de l’ordre et du désordre de tout ce qui semble antinomique mais qui ne peut vivre que dans ce conflit permanent et métaphysique.

C’est une très belle découverte.

http://jlverna.online.fr/

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