Nietzsche et la femme

par Shannah

Lou Andreas Salomé, Paul Rée et Nietzsche

Je ne peux pas lire Nietzsche sans rire cyniquement à ses propos sur les femmes. Mais en riant, est-ce que je ne fais qu’appuyer son idée, à savoir que « la femme a surtout été mésestimée par les femmes » ? Ou bien est-ce le signe d’un cerveau d’homme, à l’instar de celui de Lou-Andreas Salomé ?

Lou-Andreas Salomé, présentée à Nietzsche par Paul Rée, qui est profondément amoureux de la jeune femme, est la seule femme qu’il ait aimé. Ils passent des semaines, en Suisse, à discuter de philosophie, de religion, de leurs futures oeuvres. Nietzsche est finalement éconduit par Lou, et écrit Ainsi parlait Zarathoustra. Si « la terre est comme la poitrine d’une femme, autant utile qu’agréable« , la femme est « le jouet le plus dangereux« ; « au fond du coeur, l’homme n’est que méchant; mais au fond du coeur, la femme est mauvaise« .

Sa rencontre avec Lou, femme remarquablement intelligente, indépendante, et aspirant à s’élever intellectuellement, qui resta vierge de longues années, a blessé Nietzsche. D’autant plus que la soeur de celui-ci, Elisabeth, s’est acharnée à descendre Lou dans l’opinion de son frère -et dans l’opinion publique. Pris entre deux femmes, l’une indifférente, l’autre pleine de haine, l’on comprend peut-être un peu mieux la misogynie de Nietzsche…

Dans Par-delà le bien et le mal, Nietzsche expose sa conception de la femme. La femme s’égare, lorsqu’elle prétend vivre comme l’homme. Nietzsche abhorre cette race de femmes qui ne respectent pas leur devoir premier, nécessaire, celui d’être un ventre… Si la femme a pour rôle d’accoucher, l’homme, le surhomme plutôt, est l’énergie créatrice, la femme n’est qu’un contenant.

« Son grand art est le mensonge, sa plus haute affaire est l’apparence et la beauté »

L’entreprise de Nietzsche, celle d’élever le surhomme, fort de sa volonté de puissance, dieu-homme, homme-dieu, vertigineusement libre, insolent, rieur absolu, écarte la femme. La femme est le superficiel, la couche enveloppante de la médiocrité humaine. La femme, selon lui, ne peut être un surhomme, elle n’en a d’ailleurs pas le droit, elle doit se garder à ce pour quoi la nature l’a créée.

Femme ventre, simple évacuateur du Wille zur Macht, objet esthétique, jouet du surhomme. Nietzsche, misogyne par vengeance ? Vengeance de son seul amour avorté, vengeance face à une femme trop fière et insensible ?

Nietzsche s’est sûrement rêvé en surhomme, a imaginé de revêtir ses habits froids et  brûlants, d’être lancé par les feux de l’individualisme, très loin… et il est rattrapé par lui-même.

Publicités