Salò ou les 120 journées de Sodome

par Shannah

Après avoir regardé Salò pour la première fois, je l’ai visionné trois ou quatre fois de suite dans la semaine, tant ce film m’avait laissé un goût amer. Dernier film de Pier Paolo Pasolini, qui sera assassiné quelques mois avant la sortie en salles, Salò est un film mené à l’extrême. Et qui laisse une forte impression d’inachevé, car il ne semble y avoir ni ironie ni morale.

Dans la république fasciste de Salò dans le nord de l’Italie, vers 1944 ou 1945, le Duc, l’Evêque, le Juge et le Président épousent chacun la fille de l’autre. Ils font ensuite quelques trajets afin de sélectionner des jeunes gens, filles et garçons, avec l’aide de quatre anciennes prostituées. Lorsque le groupe est complet, ils s’enferment dans un palais de la région. C’est dans ce huis-clos que se déroulent trois des quatre cercles (le premier, Antiferno, ayant lieu dans la partie préliminaire du film) :

Il Girone delle manie : Le cercle des passions, dans lequel les narratrices, anciennes prostituées, racontent leurs expériences afin de faire se lever le désir chez les quatre bourreaux, qui commenceront à abuser des jeunes gens. Les narratrices sont peut-être les personnages les plus troublants du film.  Quatre femmes sophistiquées à l’outrance, qui parlent accompagnées au piano, à la gestuelle très maniérée, et qui parlent de leurs premières et plus scabreuses expériences de putains. Un délire verbal qu’elles chantent avec une grâce effarante, qui entraîne les quatre fascistes à ne plus contrôler leurs pulsions.

Il Girone della merda : Le Cercle de la merde : le film est une adaptation libre de l’oeuvre de Sade, Les 120 Journées de Sodome. L’on retrouve ainsi dans Salò les expressions et les folies de Sade : la passion pour cet autel si particulier où l’on encense, l’adultère, la pédophilie, le sadisme, et la scatophilie. Cette partie du film abandonne les fascistes dans une orgie d’excréments. S’ils en consomment, ils obligent leurs victimes à faire de même.

Il Girone del sangue : Le Cercle du sang: dernier cercle du film, et tout doit se finir dans le sang… C’est la fin des tortures orgiaques, les quatre protagonistes, après avoir sacrifié à leurs désirs, doivent retourner à leurs affaires (politiques, sûrement) dans le monde. C’est le temps du déchaînement et du meurtre, de la délation entre victimes, de la lâcheté et d’un massacre joyeux, vu à travers des jumelles.

Pasolini s’élève, dans ce film encore, contre la bourgeoisie, ainsi qu’on peut le voir dans une des premières scènes. Les fascistes excluent du palais toute liberté pour leurs victimes, à l’inverse du cirque libertaire auquel on leur fait croire à l’extérieur. La sexualité est le moyen le plus violent d’humilier et de ramener à l’état de bétail, car c’est ici le cas.

Si les narratrices, les fascistes, et même certaines victimes devenues bourreaux, rient aux éclats, je n’ai pas senti d’humour ni d’ironie dans le film. C’est un film désespéré, malsain, le défi à lui-même et aux hommes d’un homme, Pasolini, dans la violence, le vice, et la vérité. Le film est réaliste, le matériau en est l’histoire, la littérature, le corps et l’âme de l’homme. C’est ce qui fait de Salò une oeuvre écoeurante : elle est partout.

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