Amor fati

par Shannah

Tout est bon, et surtout le tragique, voilà ce que je pense. Tout est bon et le bien et le mal, et tout ce qui est grand est contradictoire. Qui peut parvenir à se mentir et à s’ignorer pour se croire tout blanc ou tout noir ? Le vulgaire -et le vulgaire est partout. Et qu’importe… On finit par ne plus le voir le vulgaire, même sa puanteur s’évanouit.

La tragédie. Voilà un mot puissant, plus qu’un mot, une vie en elle-même, et même, la vie. La vie telle qu’elle devrait être, si tout était au mieux et si chacun était digne de sa place ici-bas… La tragédie. née au VIème siècle avant notre ère à Athènes, née dans le cadre des fêtes rendues à Dionysos, dieu de l’ivresse et de la démesure. Trois tragédies et un drame satirique. La tragédie : de pauvres hommes en proie à leur fatum, leur destin, déréglé par les dieux. Car les dieux en veulent aux hommes, par jalousie, pour une atteinte à leur fierté, ils les maudissent, et la créature humaine n’a plus qu’à supporter les coups du destin qui pleuvent sur elle. Pitié et terreur sur scène pour ne pas pécher sur terre, dans la cité;et on se nettoie de ses mauvais instincts du même coup-c’est ici la fameuse catharsis.

Tout sous les auspices de Dionysos, vagabond ivre et amoral, le mal aux yeux de la raison. En face de lui et contre lui, Apollon, divinité mesurée, protecteur des Arts, dieu clair alors que Dionysos est sombre, de la couleur des vignes…

Pensons à Dieu et aux dieux. Aucun n’est limpide, tous se cachent, se dissimulent, pèchent eux-mêmes. Ils maudissent l’homme, l’inspirent, l’aiment, le tuent. Les dieux sont-ils si humains que cela ?

Aimer le destin, aimer la vie dans ce qu’elle a de violent, de cruel, de vivant et de beau; car aucun de ces termes n’est contradictoire. Le terme de cruauté vient du latin cruor, qui désigne le sang qui coule, qui se répand. Le sang, c’est l’existence, et plus encore (si on le veut), la vie.

La tragédie se gausse d’elle-même, de ce qu’elle montre, de la peu, de la crainte. Car tout n’est que vie, tout n’est que réalité et vérité. Celui qui est tragique s’élève au-dessus de lui-même et de sa vie et peut en rire. Il ne se désespère pas, il rit de concert avec le Dieu qui le maudit, et Dieu le pardonne, et lui pardonne à Dieu.

La tragédie, c’est ce qu’est la vie pour ceux qui vivent. La tragédie se cache, comme ceux qui vivent.

Melpomène, Muse de la Tragédie quand elle est associée à Dionysos. Superbe et fière, elle nargue les misérables qui ne vivront jamais. Elle en rit.

Je pense à cette belle phrase de William Blake : « L’homme qui désire mais n’agit point, engendre la pestilence ». Il se met à puer cri il est jaloux, car il est bas et ne fait que polluer… Pas de pitié pour ceux-là, suivons Nietzsche et son dégoût.

 

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