Du féminisme

par Shannah

L’avis d’une fille sur le féminisme, c’est quoi ? Eh bien, ça dépend. Pour être honnête, la question féministe m’indifférait un peu jusque là; outre le numéro  de « Elle » spécial Etats généraux de la femme (oui, j’ai lu très longtemps « Elle).

Et puis, un jour je suis tombée, sur Facebook, sur cette page : https://www.facebook.com/osezlefeminisme

Osez le féminisme, donc.

Ce qui m’a d’abord frappée, énervée, excédée; c’est le nombre d’interventions quasiment mesquines : polémique sur une pub André avec une fille en short, photos diverses publiées hors de leur contexte qui provoquent un tollé général…

C’est comme sur ce site, http://viedemeuf.blogspot.com/, qui invite les lectrices à faire part de leurs expériences avec la misogynie. Et des fois, c’est du n’importe quoi : « En ce moment, on fête les 600ans de la naissance de Jeanne d’Arc, qui a sauvé la France des troupes Anglaises. Et on la nomme comment ? La pucelle d’Orléans. Comme si la seule chose qu’elle ait faite c’est de mourir pucelle.
Et si Jeanne d’Arc était un homme, l’aurait-on appelé « le puceaux d’Orléans » ? »

ou encore : « Première nuit passée avec mon nouveau copain. Soirée parfaite, je rentre chez moi. Puis, ce petit SMS qui vient tout gâcher : « Dis, tu voudras bien t’épiler le maillot (sous entendu entièrement) pour la prochaine fois ? » Ah désolée mon brave c’est moi avec mes poils, ou rien. Le dictat des sites porno… »

Bref, souvent, ça m’excède. Chercher la petite bête partout, et souvent dans des choses bien ridicules. Mais évidemment, je suis parfaitement consciente que certaines choses ne devraient pas être, la quasi-banalisation du viol et la culpabilisation de la victime; les difficultés à se faire entendre lorsque l’on est battue par son compagnon…

L’exhibition permanente du corps féminin m’ennuie franchement, mais enfin ces femmes qui se montrent l’on bien choisi. Et en même temps, les femmes de tous les jours en pâtissent car bien souvent l’homme garde en tête cette image d’une femme (d’une pétasse, soyons honnêtes), qui montre ses fesses avec plaisir à tout le monde.

Mais un homme n’est pas une femme. Il y a des différences physiques, le corps de la femme a toujours fasciné, a toujours été regardé, admiré, dans toutes ses formes.

Gustave Courbet

Francesco Ballesio

Le corps nu de la femme est amour est érotisme, ses courbes et ses plis ont appelé l’imagination et le pinceau, les vers et la prose; autant que les larmes et la souffrance. La femme a un imaginaire, elle est actrice en même temps qu’instrument de l’Art et de la vie, mère du monde et objet des hommes.

Est-ce un mal ? Aujourd’hui, pour sûr, oui il y a un mal. La connerie humaine. Comme cet article paru dans le magazine « Elle » (encore lui) : http://www.elle.fr/Societe/Les-enquetes/Temoignage-Manon-24-ans-escort-1887480; le témoignage d’une femme qui laisse assez surpris. Il semble que la prostitution, oh pardon, l’escort, soit l’image dune femme moderne, qui a pris son destin en mains, choisit ses clients et éprouve du plaisir. Bonus : en faisant escort, on peut même arrêter de fumer.

Ce ramassis de c… m’énerve aussi, car non, on ne devient pas escort par choix, on le fait par misère financière, misère affective-et, dans la majorité des cas, on y est contrainte. Donc la prostitution naît toujours d’une obligation. Dans ce témoignage, la jeune fille tente de transformer cette obligation première en liberté, en marque d’émancipation, et que dire, si c’est très bien si cela la fait se sentir mieux. Mais un magazine comme « Elle », qui se réclame du féminisme et de la liberté d’être femme dans toute la richesse qu’implique la féminité, devrait nuancer ses propos, car, en voulant éviter le cliché de la prostituée d’Europe de l’Est tabassée par son proxénète, elle tombe dans l’écueil de l’escort girl chic et glamour, dont le modèle est Zahia. Du n’importe quoi.

En ce moment, pas mal de remous à propos du féminisme, notamment par rapport à l’affaire DSK et à la position de sa femme, Anne Sinclair.

Une membre de l'association féministe ukrainienne Femen, lors de leur manifestation devant le logement de DSK à Paris

Anne Sinclair, qui dans le magazine « Elle » (décidément), refuse de s’étendre sur le scandale auquel son mari est lié, mais aussi sur l’humiliation de la femme trahie. Elle dit : « Je ne suis ni une sainte ni une victime, je suis une femme libre ».

Et c’est peut être là ce qui surprend et touche le plus. Alors qu’une féministe, dans l’acceptation commune du mot, se serait séparée d’un tel compagnon et aurait déversé son mépris du comportement animal de certains hommes, Anne Sinclair ne se place pas dans une opposition homme/femme, mais comme individu par rapport à un autre individu.

Car ce qui s’oublie souvent avec le féminisme, tel que je le ressens, c’est que l’on sexualise tous les comportements, on leur attribue un genre, et à partir de ce genre on les juge; pas avant…

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