Dostoïevski

par Shannah

J’ai découvert Dostoïevski il y a deux ans. Je venais d’entendre parler de I Demoni, une pièce mise en scène par Peter Stein, durant 11 heures, et adaptant Les Démons de Dostoïevski. Quelques jours passés à lire cette oeuvre en édition La Pléiade, empruntée à la bibliothèque, et j’étais chamboulée. Un tel foisonnement de personnages, de délires, de religion, de politique, de sentiments, d’humain. C’est peut-être pour cela que j’ai moins apprécié L’Idiot, oeuvre trop terre-à-terre à mon sens, et donc pas assez humaine. Car ce qui m’a frappée, c’est que Dostoïevski, dans ce capharnaüm dense et incessant, parvient à peindre la finesse et la subtilité des caractères humains. Et ce caractère humain qu’il dépeint est presque indécent, obsédant, il ne vous quitte plus; il se niche, avec son poids, sa gravité, sa vérité, ses vices, en vous. Les lignes de Dostoïevski amènent parfois au délire, à l’instar de ces personnages; tous empreints d’une large bouffonnerie, d’une mystique, de folie, de violence et de vulnérabilité. Les personnages d’un texte de Dostoïevski sont tous opposés les uns aux autres, et trouvent tous une constante en Dostoïevski lui-même. Né à Moscou le 30 octobre 1821, Fiodor Mikhailovitch Dostoïevski n’a rien à envier à un personnage romanesque. Son père est assassiné par ses anciens serfs alors que Fiodor n’a que 18 ans et est étudiant à l’Institut supérieur des Ingénieurs militaires. Endetté, épileptique, accro au jeu, aux femmes. Après son entrée en littérature, sujet aux critiques ui ne voient en lui qu’un imitateur de Gogol, il se lie au cercle de Petachevski, qui prône la révolution socialiste; et est arrêté et condamné à mort. C’est là un épisode extrêmement important et vertigineux pour Dostoïevski, puisque, le 22 décembre 1849, sur le point d’être exécuté, il bénéficie de la grâce du tsar, qui commue sa peine en déportation dans un bagne en Sibérie.

Dostoïevski est envahi par une croyance métaphysique profonde, et en même temps par un doute violent. Cette question de Dieu est une constante dans son oeuvre. Devenu moralisateur et orthodoxe, il accorde aussi sa croyance au peuple russe et à son âme.

Dostoïevski meurt le 27 janvier 1881, lisant dans un Evangile, à une page tournée au hasard, « Ne me retiens pas. »

Lire Dostoïevski, c’est être happé par la pensée russe du XIXème, entre attentats et anarchisme, religion, pauvreté, alcoolisme, vanités et passions. L’écriture est dense, les dialogues sont une merveille.

Des morceaux de bravoure au milieu de lignes dérangeantes et fascinantes; tels le chapitre du Grand Inquisiteur dans Les Frères Karamazov, le récit qu’Ivan fait à son frère Aliocha du retour de Dieu dans l’Espagne de l’Inquisition, où il est condamné au bûcher.

Dostoïevski est un des seuls auteurs à éveiller, chez moi, ce mélange infini de nausée et d’espoir.

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