Auschwitz, piétiné ?

par Shannah

Portant un immense intérêt à l’Histoire, et tout particulièrement aux XIXème et XXème siècles, je ne pouvais aller à Cracovie, il y a de ça quelques semaines, sans me rendre à Auschwitz. J’ai donc réservé un « tour » des deux camps, Auschwitz I et Auschwitz-Birkenau, avec guide. Que dire ? J’y ai souvent repensé depuis, et puis je suis tombée sur cet article, sur le site du Point http://www.lepoint.fr/monde/auschwitz-pietine-28-01-2012-1424764_24.php

Je suis allée en Pologne à la fin du mois de décembre. Un pays qui m’intriguait; une ville, Cracovie, gorgée d’arts, d’Histoire et de douleurs. Et, à une heure de route, Oswiecim -ou Auszchwitz.

Le mini bus s’arrête devant Auschwitz I, devant l’entrée du site mémorial plutôt. Il fait très froid, mais il y a du monde. Des jeunes, des vieux. On peut prendre un café, grignoter, faire un peu de shopping Shoah (il faut bien ramener un petit souvenir). La visite n’a pas commencé, mais je me sens déjà mal.

La guide, une jeune Polonaise anglophone, vient à notre rencontre (nous étions un groupe d’une petite dizaine de personnes). La visite commence. Très vite, son air surjoué, ses phrases à l’emphase exagérée irritent mes nerfs. Nous entrons dans le camp à proprement parler, pause photo de rigueur devant le Arbeit macht frei, et nous entrons dans les blocks. Bien qu’ils aient été transformés en étapes du musée, il y règne une odeur lourde, passée. La guide expédie ses explications à vitesse grand V; en effet les différents groupes de visiteurs se marchent dessus. Je m’éloigne du groupe afin de regarder tout ce dont elle fait l’impasse, les documents, les cartes.

Nous arrivons dans la partie du camp où les photos ne sont pas autorisées, à savoir le lieu où sont entreposés les cheveux des déportés. Certains membres de mon groupe semblent déplorer le petit panneau avec un appareil photo barré.

Dans un block, se trouvent des centaines de photos, accrochés aux murs, de déportés. Un me frappe particulièrement, le visage d’une femme, un regard de ceux qui s’inscrivent en vous.

Dernière étape d’Auschwitz I, après s’être battus pour descendre ou monter les escaliers, encombrés de groupes comme le nôtre, d’Asiatiques mitrailleurs et de familles; les chambres à gaz et le four crématoire. Là, l’odeur est particulièrement forte, une odeur que ni le temps ni la patte de l’homme n’effacera. Un des membres du groupe finit de m’excéder, voulant prendre des photos. Dehors, à côté, le gibet de Rudolph Höss, commandant d’Auschwitz exécuté en 1947 pile entre le four crématoire et la maison, juste en dehors du camp, qu’il occupait avec sa femme et ses enfants.

Nous remontons dans le mini car, pour nous rendre à Auschwitz Birkenau. En sortant, le froid me mord, mais moins que le paysage. Birkenau est gigantesque. Ici, pas de block transformé en musée. Seulement des panneaux affichant quelques informations. D’un côté, les blocks en pierre, et de l’autre, ceux en bois. Les latrines, le froid, les trous dans les planches de bois, les rails; et impossible de discerner la fin du camp à l’horizon. Ici, les nazis ont eu le temps de détruire chambres à gaz et fours crématoires. Il règne, dans ce froid de décembre, ici, une certaine nausée. Il y a moins de visiteurs qu’à Auschwitz I. La guide continue de parler, mais mes pensées se perdent dans l’immensité du camp.

Revenons-en au sujet de l’article. Auschwitz, piétiné ?

Pourquoi se rend-on à Auschwitz ? C’est un endroit à voir, à sentir; pour soi et pour les morts. Mais, m’y étant rendue, je n’ai pas apprécié, à Auschwitz I, la commercialisation et la transformation du lieu. Bien sûr, il est nécessaire de donner des informations; mais en faire un vrai musée… avec boutique, de bouquins certes, mais…

1 100 000 de déportés assassinés, dont 960 000 Juifs 75 000 Polonais, 21 000 Tziganes, 15 000 Soviétiques et 15 000 Tchèques, Français, Allemands, Belges..

Auschwitz cristallise, avec les autres camps, la blessure, la menace pérenne, et la honte du XXème siècle. Et c’est là que la phrase de Jean-Yves Potel, correspondant du Mémorial de la Shoah en Pologne, s’impose : « La question n’est pas de trancher s’il faut aller à Auschwitz ou pas, mais comment y aller et pourquoi on y va. Et la majorité des visiteurs le savent. »

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