» Il n’y a que les femmes qui sachent aimer ; les hommes n’y entendent rien… » Denis Diderot

par Shannah

De l’art de la femme fatale

Cette femme fatale s’est imposée à moi en lisant la biographie écrite par Jean-Nöel Liaut, La Javanaise, retraçant l’existence de la fabuleuse Toto Koopman, femme libre, frivole, amatrice d’hommes (si possible, riches) et -accessoirement- de femmes.

Toto Koopman

Femme fatale, car dangereuse, de par sa liberté, sa beauté, son intelligence. A en croire certains, une femme ne serait fatale que par sa nature de prédatrice sexuelle. En somme, un cerveau d’homme dans un corps de pin-up. Idée démentie par Toto Koopman, à elle seule. Une femme n’est pas fatale par de supposés caractères empruntés au sexe masculin. Elle se révèle une menace pour ce dernier, par l’exacerbation, la passion de sa féminité, la façon dont elle l’assume, en fait sa fierté; et la nourrit de tous les possibles qui s’offrent à elle.

De fait, elle est scandaleuse.

Comme Gabrielle Chanel et Simone de Beauvoir, esprits libres, belles, fortes, faisant l’Histoire et y faisant scandale.

Car la femme fatale fait partie de l’Histoire, témoin, mais également actrice. Toto Koopman, après avoir joué au mannequin pour Chanel et posé pour Vogue; est résistante et espionne, et fait un arrêt au camp de concentration de Ravensbrück. Citons également une figure antique et quasiment mystique, dans la personne de Salomé, fille d’Hérodiade, apparaissant dans les Evangiles, chez Jacques de Voragine et chez Flaubert. Elle envoûte par sa danse Hérodias Antipas, qui, pour ses beaux yeux, sacrifie la tête de Jean-Baptiste.

Le Caravage

La femme est ainsi fatale par son excès, l’audace qu’elle a de surpasser l’homme, de le dépasser, aussi bien en bien qu’en mal; l’audace de l’orgueil qu’elle tire de son sexe, qu’elle utilise, sans honte, sans remords; l’audace de s’inscrire comme essentielle dans une histoire particulière et collective. Et ce, souvent, sans l’homme : elle peut l’ignorer, il n’est pas une constante dans sa vie. Cette femme est souvent bisexuelle, et jamais bien fidèle.

Artiste égoïste d’une existence sans oeuvre, mis à part elle-même, la femme fatale fléchit souvent; et se retrouve sous l’égide d’un homme ayant décidé de lui faire payer ses affronts. Voir Rita Hayworth et sa collection de maris tous aussi infidèles, profiteurs et destructeurs.

Une histoire qui se finit toujours mal. Une vie scandaleuse que le destin fait toujours payer.

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